Coquelicot

Photo : J Philippe Vuillermet

Si le vent emportait mes cendres aux quatre coins d’un champ, j’aimerais qu’elles soient autant de graines qui ne demandent qu’à germer une fois les beaux jours arrivés. D’animale à végétale, ainsi je serais en paix. Que le sol absorbe mes restes et mon âme, pour mieux le fertiliser. Moi, jeune pousse ingrate de mon vivant, réincarnée en une armée de semis et boutures, pour assurer à la Terre un futur. Eclore, pousser, grandir, s’épanouir et vieillir pour ensuite mourir dans un cycle infini de vivacité et de fragile équilibre.

Peut-être est-ce là la sagesse et le calme que je n’ai pas eus de mon vivant d’humaine. Je me rêve en plante, en jeune pousse, verte, lumineuse, qui capterait chaque rayon pour s’en nourrir et grandir. De cendre à cendre, d’humus à humus pour une éternité de créativité. Au bout de mes doigts déjà, poussent des extrémités végétales, sortes d’attaches à mes pairs qui n’attendent que mon retour parmi eux. Le rivage végétal m’appelle et m’enjoint à quitter cette peau d’humaine qui m’engonce et me démange. A la prochaine floraison, de mon cœur rouge sang, naîtra un timide puis magnifique coquelicot, mon cadeau à la Terre mère et à l’univers. Ce coquelicot, beau, chaud, sera le symbole sauvage d’une renaissance d’entre la souffrance. L’expiation d’une vie d’expectatives et d’invectives.

Un renouveau grâce au coquelicot, fleur à trois pétales qui me fait perdre les pédales. Fragile, sauvage et indomptable, elle sera la garante de la bonne santé du sol et de l’air, du yin et du yang de la Terre mère. Cette fleur, si délicate, a pourtant plus d’un tour dans son sac. Emblème de la liberté, elle apaisera quiconque boira son nectar. Œuvre d’art de la nature, gardienne de la folie des humains et des poisons qu’ils déversent à la pelle sur notre terre, la votre comme la mienne. Rôle de vigie pour autrui, implication totale dans cet écosystème bancal, qu’un tout petit rien peut faire dérailler.

Mon beau coquelicot, m’aimeras-tu suffisamment pour t’échapper de ma peau et ensemencer le monde ? M’offrir une réincarnation plus paisible, même si sauvage, sur cet astre qui nous porte tous et toutes dans son cœur et dans son corps. Cette translation, de ma peau vers la terre fertile, de mon sang à la sève, sera mon ultime contribution au biotope, que je cherche à protéger et sauvegarder.

Ô coquelicot, me feras-tu l’honneur d’être ma fleur ?

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