Marathon Xavier Dolan

Je rêve de hurler. Je rêve de hurler, tant et plus. Je rêve de hurler à en perdre la raison, à ne plus avoir de voix. Je rêve mais ne le fais pas. 

Je bous. En dedans, à l’intérieur. Comme tant de gens, j’imagine. Pourtant la peine, la colère et tout ce cogne si fort en moi laisse mon extérieur de marbre. Putain ce que ça plombe. Ce que ça coûte en énergie. Et ce que j’en ai marre. 

« Le verbe cristallise la pensée », qu’il disait. Je t’en foutrais, de la cristallisation de la pensée. Rien ne peut cristalliser, ni même traduire, le dedans. Rien. Enfoui à jamais ou exprimé mal, voilà la vérité. Rien que de la merde à l’intérieur. Foutraque, indicible. Tu aimerais écouter quelqu’un qui ne parvient pas à s’exprimer, toi ? Un bègue, une personne avec un accent à tailler au couteau, de laquelle tu ne piperais qu’un mot sur dix, et j’suis gentille ? Bah voilà, you proved my point. Voilà pourquoi je ne te dis pas ce que je pense. Pas ce que je ressens, pas ce que je suis, ou pas ce que je penses de ta petite gueule qui me juge de l’extérieur, et qui semble hurler « mais qu’elle est conne celle-là, avec ses phrases de bourge coincée qui veulent rien dire ». Parfois, tu donnes plutôt dans le « ouais ma grosse, vas-y cause, mais de toute façon, t’es pas dans la catégorie des baisables, donc t’as pas voix au chapitre ». Je te prête des mots que tu n’as pas. « Voix au chapitre », jamais tu ne dirais ça. Tu  es bien trop niaiseux pour ça. « Tu » es tous ces regards que j’ai sentis sur moi, pendant si longtemps. « Tu » es ces connards qui jugent. « Tu » es tout autour. « Tu » es sûrement moi, aussi, quand j’ai bu ou que je parle fort pour me donner de la constance. Tu es nous, finalement. Et ça me débecte.

« Tu » es celui donc Bégaudeau parlait dans son Histoire de ta bêtise. Tu es Bégaudeau aussi, dans ce qu’il a de plus détestable à faire la leçon. Homme blanc, quadra parisien bien installé, qui n’es pas resté avec son petit salaire de prof de REP+. Tu es moi, évidemment, qui parle comme si j’en avais bavé toute ma vie. Meuf blanche, éduquée, suffisamment autiste pour ne pas remarquer vos gesticulations inutiles, mais suffisamment habile pour me fondre dans la masse. (Merci à toi, mon autiste, cette part de moi que j’apprends à connaître et à laisser grandir. Je ne veux plus jamais te réprimer, le monde extérieur le fait déjà bien assez.)

Thank you, next. 

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