Parfait

J’aimerais que tout soit parfait. J’aimerais que rien ne dépasse. J’aimerais que l’imprévu disparaisse. Mieux, qu’il n’ait jamais existé.

J’aimerais être maîtresse de toute chose, de l’ensemble des aspects de ma vie. J’aimerais que rien ne déborde, que tout reste droit et aligné.

J’aimerais tout maîtriser. J’aimerais avoir le contrôle.

J’aimerais avoir moins peur.

C’est bien pour ça que je fais le ménage frénétiquement. C’est bien pour ça que je torture mon corps. C’est bien pour ça que j’alignais les stylos, durant l’enfance. Que je m’interdisais de marcher sur les démarcations du carrelage au collège. Qu’au lycée, il fallait que je tourne mon pied trois ou cinq fois (jamais quatre), avant d’entrer dans certaines salles. Que je devais éteindre ma lampe de chevet soit trois fois, soit cinq fois de suite, le soir. Sans ça, mon monde risquait de s’écrouler. J’aurais des mauvaises notes. Quelqu’un tomberait malade. Ou pire : on découvrirait l’existence de ces rituels et on m’empêcherait de les faire.

J’aimerais que tout soit parfaitement aligné. Mais le monde n’est qu’imprévu. Comment faire ?

Le plus dur

Le plus dur, c’est la souffrance.

Le plus dur, c’est l’inappropriation.

Le plus dur, c’est le constat de notre incapacité à nous transformer, même si on le souhaiterait.

Le plus dur, c’est de voir qu’on n’est pas fait de la même glaise, vous et moi.

Le plus dur, c’est la sonnerie du téléphone, stridente.

Le plus dur, c’est le haut-le-cœur provoqué par le vibreur.

Le plus dur, c’est le cœur serré à la découverte d’appels manqués.

Le plus dur, c’est qu’il ne semble pas y avoir de solution.

Le plus dur, c’est toutes ces impasses. Sans issue pour notre cerveau multi-canaux.

Le plus dur, c’est de chercher à s’adapter.

Le plus dur, c’est de se rendre compte qu’on est inadapté.

Le plus dur, c’est de prendre la décision de tout lâcher.

Le plus dur, c’est vous, qui semblez tout maîtriser.

Le plus dur, c’est les progrès, immenses, déjà faits.

Le plus dur, c’est qu’ils ne suffiront jamais.

Le plus dur, c’est ce combat ordinaire, contre vous et contre moi-même.

Le plus dur, c’est d’être moi-même.

Le plus dur, c’est qui je veux être ?

Mais réellement le plus dur, c’est de mettre des mots sur tout ça.

dans la vie d’une autiste

Be yourself; Everyone else is already taken.

— Oscar Wilde.

Ceci est un état d’âme. Ceci est un état de fait : je suis autiste. Ce blog à pour but de partager les pensées, les difficultés, joies et efforts que je traverse.

Je ne vous révélerai pas mon identité, car je pourrais être n’importe qui autour de vous. Je suis une autiste invisible, et j’en souffre.